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Ce que l'on hérite sans le savoir

Sonya Damergi
Écrit par Sonya Damergi
28 mai 2026 · Lecture 4 min
Photographies de famille anciennes et albums ouverts posés sur une table

Il y a des phrases qu'on prononce sans les avoir choisies. « Dans la famille, on ne se plaint pas. » « On s'en sortira toujours. » « Il ne faut compter que sur soi. » On les répète comme des évidences, et il faut souvent un détour pour s'apercevoir qu'elles ont été fabriquées bien avant nous, dans des circonstances qui n'ont plus rien à voir avec les nôtres.

Des règles qui ont eu leur raison d'être

Une famille traverse une guerre, un exil, une faillite, un deuil qu'on n'a pas eu le droit de pleurer. Pour tenir, elle se donne des règles : ne pas montrer, ne pas dépenser, ne pas dépendre, ne rien attendre. Ces règles fonctionnent — c'est même pour cela qu'elles se transmettent.

Le problème arrive une ou deux générations plus tard. La menace a disparu, mais la consigne, elle, continue de tourner. On se retrouve à ne pas demander d'aide dans un monde où l'aide existe, à ne pas se poser dans une vie qui le permettrait. Ce n'est pas un défaut de caractère : c'est une loyauté qui n'a pas été mise à jour.

Comportemental, et c'est important

Je précise toujours « psycho-généalogie comportementale », parce que le mot psycho-généalogie recouvre des pratiques très différentes, dont certaines ne me correspondent pas. Ce qui m'intéresse, ce ne sont ni les dates ni les coïncidences de calendrier : ce sont les comportements limitants hérités — les manières de faire qui se répètent d'une génération à l'autre.

On ne remonte pas un arbre pour le plaisir de l'archive. On cherche ce qui, aujourd'hui, dans votre vie, obéit encore à une règle que vous n'avez jamais signée.

Comment on travaille ça en séance

Le test musculaire sert de fil, comme toujours. On part d'une situation concrète et actuelle — une difficulté à poser une limite, un blocage qui revient à chaque fois au même endroit — et on cherche à quoi elle se rattache. Parfois la réponse est personnelle. Parfois elle est plus ancienne que vous.

Ce que je constate le plus souvent, c'est qu'il n'y a rien à démolir. Reconnaître qu'une règle vient d'ailleurs, la nommer, comprendre à quoi elle a servi et à qui — cela suffit très souvent à desserrer ce qu'elle imposait. Ce n'est pas une trahison de la famille : c'est même plutôt le contraire.

Deux mises au point

Première mise au point : rien de tout cela ne dispense d'un accompagnement médical ou psychothérapeutique quand il est nécessaire. La kinésiologie est une approche complémentaire ; elle ne diagnostique pas et ne se substitue à aucun traitement en cours.

Seconde mise au point : ce travail ne consiste pas à chercher un coupable dans son histoire familiale. Ceux qui ont fabriqué ces règles faisaient au mieux avec ce qu'ils traversaient. On ne les juge pas — on constate seulement que la consigne a survécu au danger, et qu'il est possible de la reposer.

Sonya Damergi
Sonya Damergi
Kinésiologue, Eaux-Vives Genève