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Quand le corps reste en alerte

Sonya Damergi
Écrit par Sonya Damergi
22 juillet 2026 · Lecture 4 min
Une main posée à plat sur la poitrine, geste d'apaisement pendant une respiration

C'est la phrase que j'entends le plus souvent au cabinet, et presque toujours avec le même étonnement : « pourtant, tout va bien maintenant ». Tout va bien, et pourtant le sommeil ne revient pas, la concentration s'échappe, le ventre se serre pour rien. Il y a une raison très simple à ce décalage, et elle n'a rien à voir avec la volonté.

Un interrupteur qui ne s'est pas relevé

Le système nerveux autonome fonctionne avec deux régimes. L'un prépare à l'action : le cœur accélère, les muscles se tonifient, la vigilance monte, la digestion passe au second plan. L'autre fait l'inverse : il ralentit, digère, répare, refait les réserves. Ces deux régimes devraient alterner au fil d'une journée ordinaire.

Face à un choc — un accident, une annonce, une perte, une longue période sous tension —, le premier prend la main. C'est exactement son rôle, et c'est une bonne nouvelle. Le problème n'est pas qu'il s'allume : c'est qu'il ne s'éteigne pas toujours quand la situation est finie. Le corps continue de monter la garde pour un danger qui n'existe plus.

Ce que ça donne, concrètement

La liste est longue, et c'est ce qui rend le lien difficile à faire. De fortes anxiétés qui montent sans objet identifiable. Des insomnies, ou ces réveils à trois heures où tout paraît insurmontable. Des troubles de la concentration — on relit trois fois la même ligne. Une digestion capricieuse, une nuque qui ne se dénoue pas, une respiration qui reste haute et courte.

Prises une par une, ces plaintes envoient vers dix spécialistes différents. Prises ensemble, elles racontent souvent une seule chose : un système qui n'est jamais redescendu. Cela ne dispense évidemment pas d'un avis médical — il faut écarter ce qui doit l'être. Mais quand les examens ne trouvent rien, cette lecture-là mérite qu'on s'y arrête.

Pourquoi passer par le corps

On ne décide pas de sortir de l'alerte. C'est même le paradoxe de cet état : plus on s'ordonne de se détendre, plus on constate qu'on n'y arrive pas, et plus la tension monte. Comprendre pourquoi on est tendu est utile, mais insuffisant — je vois beaucoup de personnes qui ont parfaitement analysé leur situation et dont le corps n'en a rien su.

En séance, je passe donc par là où ça se joue. Le test musculaire me sert de fil : il montre ce qui met encore le système en stress aujourd'hui, y compris ce dont on ne se souvenait plus. Et je m'appuie sur des outils de régulation empruntés notamment au yoga — l'appui, le rythme, l'expiration — qui parlent directement au système nerveux, sans passer par le raisonnement.

Le plus important se passe entre les séances

Une séance ouvre quelque chose ; c'est la répétition qui l'installe. C'est pour cela que je vous laisse toujours repartir avec un ou deux outils concrets, courts, faisables un mardi soir à vingt-deux heures. Une manière de respirer, un point d'appui, un geste. Rien de spectaculaire, et c'est justement pourquoi ça tient.

Le corps réapprend un chemin qu'il connaissait déjà. Il ne le réapprend pas parce qu'on lui a expliqué, mais parce qu'on le lui a fait refaire, souvent, dans des conditions où il ne risquait rien.

Sonya Damergi
Sonya Damergi
Kinésiologue, Eaux-Vives Genève